Pour lutter contre l'isolement des personnes âgées, une commune peut agir sur trois fronts : repérer celles qui sont seules, organiser des contacts réguliers, et garder le lien avec celles qui ne sortent plus ou n'utilisent pas internet. Le CCAS, les associations et les habitants eux-mêmes sont les premiers relais.
L'ampleur du problème
Le baromètre 2025 des Petits Frères des Pauvres donne la mesure, pour les 60 ans et plus en France :
- 750 000 personnes sont en situation de « mort sociale » : aucun contact avec leur famille, leurs amis, leurs voisins ou des associations ;
- 2 millions sont coupées de leur famille et de leurs amis ;
- 9 millions ne sortent pas tous les jours de chez elles ;
- au moins 5 millions sont exclues du numérique.
L'isolement extrême a augmenté de 150 % en moins de dix ans. Dans une commune de 3 000 habitants, cela représente plusieurs dizaines de personnes, souvent invisibles.
1. Repérer les personnes isolées
On ne peut pas aider quelqu'un qu'on ne connaît pas. Les communes disposent de plusieurs outils :
- le registre des personnes vulnérables tenu par le CCAS (utilisé notamment pour les plans canicule), à faire connaître pour que les gens s'y inscrivent ;
- les signalements de proximité : facteur, pharmacien, infirmière, aide à domicile, voisins ;
- les dispositifs de veille citoyenne comme Monalisa, qui forment des bénévoles au repérage et aux visites.
2. Organiser des contacts réguliers
Ce qui compte, c'est la régularité. Un repas des aînés une fois par an ne rompt pas l'isolement des onze autres mois.
- Visites de convivialité par des bénévoles ou des jeunes en service civique ;
- appels téléphoniques réguliers (une chaîne d'appels hebdomadaire est simple à organiser) ;
- transport solidaire vers le marché, le médecin, les activités : beaucoup d'aînés ne sont pas isolés par choix mais faute de moyen de se déplacer ;
- activités intergénérationnelles avec l'école, le centre de loisirs, les associations.
3. Garder le lien avec ceux qui ne sortent plus
C'est la partie la plus difficile. Une personne qui ne sort pas, n'a pas internet et ne lit plus bien le petit texte du bulletin municipal est coupée de toute l'information locale : elle ne sait pas qu'il y a un repas, une navette, une permanence.
Deux pistes simples :
- le courrier nominatif pour les informations importantes, en gros caractères ;
- l'audio : la radio reste un média familier pour cette génération. Une radio de commune qui annonce les activités, donne la météo locale, fait entendre des voix connues du village crée une présence dans la maison.
Une radio digitale peut aujourd'hui être écoutée sur une simple enceinte connectée (« joue la radio de ma commune ») ou un petit poste internet, sans écran ni manipulation. Avec Webradio.ai, les contenus déjà produits par la mairie (agenda, actualités, bulletin) sont transformés en chroniques audio, et les bénévoles ou les aînés eux-mêmes peuvent y prendre la parole.
4. Faire des aînés des acteurs, pas seulement des bénéficiaires
Les personnes âgées ont du temps, des souvenirs, des savoir-faire. Les inviter à raconter l'histoire du village, à présenter un métier disparu ou à lire un conte pour l'école change la relation : elles ne sont plus « à aider », elles contribuent. C'est aussi un excellent contenu pour le bulletin ou la radio locale.
Un plan simple pour démarrer
- Relancer l'inscription au registre du CCAS, en passant par les médecins et pharmaciens.
- Monter une chaîne d'appels hebdomadaire avec quelques bénévoles.
- Organiser un transport solidaire vers un rendez-vous fixe (marché, repas).
- Rendre l'information locale accessible sans écran : courrier lisible, audio.
- Faire le point tous les six mois avec les bénévoles et les partenaires.


